Quand on reprend la flûte traversière après une longue interruption, le premier réflexe est souvent de ressortir la flûte de sa jeunesse. Celle qui dort dans son étui, au fond d’un placard, depuis des décennies. On l’assemble, on souffle et on recommence à jouer dessus. Sans l’avoir fait réviser.
C’est une situation que je rencontre très souvent chez les flûtistes adultes que j’accompagne. Et je la comprends parfaitement : tant qu’on ne sait pas si l’on va vraiment s’investir dans la flûte ou si ce ne sera qu’un passage, on n’a pas envie de dépenser de l’argent dans une révision, des réparations, et encore moins dans un nouvel instrument.
Sauf que cette décision, qui paraît tout à fait logique, peut parfois vous compliquer sérieusement la vie. Une flûte qui n’a pas été jouée pendant très longtemps fonctionne généralement mal. Certaines notes deviennent difficiles à sortir, tout demande plus d’efforts, et on a l’impression d’avoir perdu toute sa technique.
Alors, peut-on encore jouer sur une vieille flûte traversière ? Une bonne révision suffit-elle à lui redonner une seconde jeunesse ? Ou vaut-il mieux investir dans un instrument plus récent ? Pour vous répondre, je vais m’appuyer sur ma propre expérience, avec une flûte que je possède depuis très longtemps.
Mon expérience avec ma Buffet Crampon
J’ai commencé la flûte traversière sur une Yamaha 281, que j’ai gardée quelques années. Puis, en 1995, quand les choses sérieuses ont commencé, mes parents ont décidé de m’offrir un nouvel instrument. Ils se sont rendus dans le magasin de musique le plus proche de chez nous, et mon choix s’est porté sur une Buffet Crampon.
Je l’ai essayée, bien sûr, et par rapport à ma Yamaha d’étude, je sentais un changement notable. Surtout, elle avait un argument très séduisant : elle était entièrement en argent massif, pour un prix très attractif. Un compromis intéressant sur le papier.
Car dans les faits, je ne me suis jamais vraiment sentie à l’aise sur cette flûte. Je l’ai utilisée jusqu’en 1998, avant de passer sur ma première flûte professionnelle. Et depuis, elle est restée dans son étui pendant des années et des années.
Des années plus tard, je l’ai ressortie : je trouvais que ce serait une bonne idée d’avoir une flûte de secours pour mes élèves. Je l’ai confiée à mon luthier, mais il n’a pas pu faire de miracles. Aujourd’hui, la mécanique est très fatiguée :
- les clés sont dures et je dois beaucoup appuyer dessus ;
- le plateau est mal réglé ;
- certaines notes sont difficiles à obtenir ;
- la sonorité est plutôt feutrée.
Elle est encore jouable (vous pouvez l’entendre dans la vidéo), mais franchement, je ne prendrais aucun plaisir à travailler quotidiennement dessus. Même un retamponnage ne changerait pas grand-chose, à part vider mon portefeuille.
Et pourtant, c’est une flûte en argent massif ! Preuve que le matériau ne veut rien dire à lui seul : ce n’est pas parce qu’une flûte est faite dans un matériau considéré comme noble qu’elle est agréable à jouer.
Une vieille flûte, est-ce forcément une mauvaise flûte ?
Non. Les flûtes ont beaucoup évolué dans les années 1970 et 1980, notamment sur la justesse, la facilité d’émission et le confort des clés. Mais beaucoup d’instruments de cette époque bénéficient déjà de ces progrès. Ma Buffet Crampon, par exemple, possède une échelle Cooper, l’une des grandes améliorations de justesse de cette période.
Une flûte ancienne n’est donc pas forcément dépassée. Elle a même de vrais atouts :
- vous n’avez rien à dépenser si vous l’avez déjà ;
- beaucoup de modèles anciens ont été très bien fabriqués ;
- et il y a l’attachement.
Quand c’est la flûte de votre jeunesse, ou celle d’un membre de votre famille, on n’a pas envie de s’en séparer. Si elle est en bon état et qu’elle vous convient, il n’y a aucune raison de la remplacer simplement parce qu’elle est ancienne. Ce qui compte vraiment, c’est son état. Et c’est là que les choses peuvent se compliquer.
Ce qui vieillit réellement sur une flûte traversière
Quand on parle d’une vieille flûte, il y a deux cas bien différents : celles qui ont été jouées régulièrement pendant des décennies, et celles qui sont restées très longtemps dans leur étui. Et contrairement à ce qu’on pourrait croire, les deux peuvent poser problème.
Les tampons
Ce sont les petites pièces situées sous les clés, qui permettent de boucher hermétiquement les trous de la flûte. Avec le temps, ils peuvent durcir, se déformer et laisser passer un peu d’air. Parfois, une fuite minuscule suffit à tout perturber : les notes graves sortent mal, le son est voilé…
Le piège, c’est que ces symptômes ressemblent beaucoup à des difficultés techniques. Vous pensez que votre embouchure est mal placée ou que vous manquez de soutien. Alors vous compensez : vous forcez un peu plus, vous changez votre direction d’air, vous serrez les lèvres. Alors que le problème ne vient peut-être pas de vous, mais de votre flûte.
Et quand on reprend après des années d’interruption, c’est encore plus difficile à démêler, puisqu’on est justement en train de retrouver son embouchure et ses sensations.
La mécanique
Les clés d’une flûte doivent fonctionner ensemble avec une grande précision. Avec les années, elles peuvent prendre du jeu et se dérégler.
Prenons ma flûte professionnelle, une Altus. J’ai énormément joué dessus pendant des années, pour travailler, pour enseigner… Aujourd’hui, le plateau de la main droite est usé, certains réglages ne tiennent plus, et je ne l’utilise plus qu’en dépannage.
À l’inverse, ma Buffet Crampon a très peu servi. Et pourtant, elle n’est plus en bon état non plus, parce que les matériaux vieillissent, même quand la flûte reste rangée.
L’ancienneté ne dit donc pas tout : il faut aussi tenir compte de l’utilisation, de l’entretien et de l’état mécanique de votre flûte.
Comment savoir si votre flûte est encore jouable ?
Vous pouvez déjà faire quelques vérifications vous-même :
- Observez les clés : fonctionnent-elles bien ensemble ? Certaines sont-elles plus dures que d’autres ?
- Appuyez dessus et regardez si elles remontent normalement.
- Regardez les tampons : sont-ils déchirés ou abîmés ?
- Jouez quelques notes dans les trois registres, en descendant jusqu’au do grave, et notez celles qui vous demandent plus d’efforts que les autres.
Mais attention : même un tampon qui paraît en bon état peut fuir. Et comme on l’a vu, quand on reprend, il est difficile de savoir ce qui vient de soi et ce qui vient de l’instrument.
C’est pourquoi je recommande toujours de faire vérifier votre flûte par un réparateur spécialisé. Il contrôlera l’étanchéité, les tampons et la mécanique, et vous dira ce qu’il faudrait faire pour retrouver de bonnes conditions de jeu.
Réparer ou remplacer sa vieille flûte ?
Tout dépend de ce que le réparateur va trouver.
- Une simple révision (nettoyage, contrôle de l’étanchéité, quelques réglages) peut coûter de quelques dizaines à quelques centaines d’euros.
- Un retamponnage complet, si les tampons sont à changer et la mécanique fatiguée, représente souvent plusieurs centaines d’euros, même sur une flûte d’étude.
À ce prix-là, il faut se poser la bonne question. Si votre flûte a peu de valeur et que vous trouvez, pour le même budget, une flûte d’occasion plus récente et en bon état, la réparation n’est peut-être pas le meilleur choix. À l’inverse, si c’est une flûte de bonne facture, que vous aimez jouer et dont la mécanique n’est pas trop usée, l’entretenir peut tout à fait se justifier.
Et surtout, il y a le confort de jeu. Même parfaitement remise en état, ma Buffet Crampon ne m’aurait pas donné d’autres sensations qu’en 1995. C’est une flûte qui a de belles qualités, mais elle n’a jamais été faite pour moi. Une flûte peut être de bonne qualité sans être adaptée à votre manière de jouer aujourd’hui.
Mon conseil si vous reprenez la flûte sur un instrument ancien
Je comprends parfaitement que vous n’ayez pas envie d’investir plusieurs centaines d’euros tout de suite, surtout si vous ne savez pas encore si vous allez continuer. Mais faire vérifier sa flûte, ce n’est pas s’engager dans des réparations coûteuses. L’objectif, c’est d’abord de savoir où vous en êtes.
Peut-être qu’un simple réglage suffira. Peut-être qu’il faudra une révision plus importante. Et peut-être que le réparateur vous conseillera de ne pas investir davantage. Au moins, vous déciderez en connaissance de cause.
Si la réparation n’en vaut pas la peine, la location ou une flûte d’étude d’occasion en bon état vous permettront de reprendre dans de bonnes conditions, sans dépenser une grosse somme dès le départ.
Parce que reprendre la flûte, c’est déjà assez exigeant comme ça : il vous faut du temps pour retrouver votre embouchure, vos habitudes, votre souffle, vos doigts. Inutile d’y ajouter les défauts de votre instrument.
En résumé
Une vieille flûte n’est pas forcément une mauvaise flûte. Ce qui compte, ce n’est pas son ancienneté, mais son état, son entretien et le confort que vous ressentez en jouant dessus. Si la vôtre n’a pas servi depuis des années, faites-la vérifier avant de vous lancer sérieusement. Et ne vous laissez pas impressionner par le matériau ou le prestige d’une marque : ma vieille Buffet Crampon en argent massif en est la preuve.
La meilleure flûte n’est pas forcément la plus chère, la plus récente ou celle qui contient le plus de matériau « noble ». C’est avant tout celle qui vous permet de jouer confortablement, de progresser et d’y prendre plaisir.
Vous reprenez la flûte traversière ? Une fois votre flûte en bon état, mon Guide du flûtiste gratuit vous aidera à retrouver vos repères sur la posture, la respiration et la sonorité.
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Et vous ? Avez-vous repris la flûte après une longue interruption ? Jouez-vous toujours sur votre instrument de jeunesse, ou avez-vous décidé d’en changer ? Racontez-moi votre expérience en commentaire : votre témoignage aidera certainement d’autres flûtistes.
Bonne musique !