Marcel Moyse, Taffanel et Gaubert, Trevor Wye, Michel Debost… Ces grands noms de la flûte traversière ont formé des générations de flûtistes. Leurs méthodes et leurs exercices sont devenus des références incontournables.
Et pourtant, je ne suis pas toujours leurs conseils à la lettre lorsque j’enseigne à mes élèves.
Non pas parce que je remets en cause leur immense valeur, mais parce que ces enseignements ne sont pas toujours adaptés aux besoins d’un adulte qui débute la flûte, qui reprend après vingt ou trente ans d’interruption ou qui souhaite simplement jouer pour son plaisir.
Mon rôle de professeur n’est pas de transmettre mécaniquement tout ce que j’ai moi-même appris. Il consiste à choisir, parmi toutes ces connaissances, les exercices, les conseils et les formulations qui permettront réellement à l’élève de progresser.
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Le jour où j’ai découvert Taffanel et Gaubert
J’avais treize ans lorsque je suis entrée dans un conservatoire municipal à Paris. Lors de mon premier cours, mon professeur a posé sur le pupitre un exercice de gammes que vous connaissez peut-être : le fameux EJ4, extrait des 17 grands exercices journaliers de mécanisme de Taffanel et Gaubert.
Je voulais déjà faire de la flûte mon métier. J’étais donc motivée et prête à travailler. Pourtant, en découvrant ces pages remplies de notes et de tonalités à enchaîner, j’ai ressenti un immense découragement.
Aujourd’hui encore, je travaille régulièrement dans ce cahier. Il est excellent pour développer la technique, l’égalité des doigts, la connaissance des tonalités et la souplesse du jeu.
Pourtant, je le donne très rarement à mes élèves.
Pourquoi ? Parce qu’à chaque fois que je l’ai proposé, j’ai retrouvé chez eux le même découragement que celui que j’avais ressenti à treize ans. Le problème ne vient pas nécessairement de l’exercice lui-même. Il vient souvent du moment auquel il est proposé et de la manière dont il est utilisé.
Avant de demander à un flûtiste de parcourir des séries de doubles croches dans toutes les tonalités, il faut savoir ce que cet exercice va lui apporter à ce stade précis de son apprentissage. Un excellent exercice donné au mauvais moment peut devenir inutile, voire décourageant.
Les conseils des grands maîtres sont-ils contradictoires ?
Lorsque l’on lit plusieurs méthodes de flûte traversière, on peut avoir l’impression que les grands flûtistes ne sont pas toujours d’accord entre eux. L’un conseille une position particulière. Un autre utilise une image différente. Un troisième décrit la sensation inverse.
Qui faut-il alors écouter ?
En réalité, ces grands pédagogues recherchent les mêmes résultats : obtenir un joli son, jouer avec davantage de facilité, maîtriser son instrument et trouver l’interprétation la plus juste. Mais ils décrivent les mécanismes de la flûte avec leurs propres mots, à partir de leurs sensations, de leur morphologie, de leur parcours et des élèves qu’ils avaient devant eux.
Leurs conseils peuvent donc sembler différents sans être nécessairement incompatibles. Le danger serait de chercher une règle unique qui fonctionnerait de la même manière pour tous les flûtistes. Sauf que nous sommes tous différents : nous n’avons pas la même bouche, la même mâchoire, la même dentition ni la même façon de ressentir notre corps.
Un conseil très efficace pour une personne peut être incompréhensible ou inadapté pour une autre. Le rôle du professeur est alors de traduire, de sélectionner et d’adapter.
Enseigner la flûte à un adulte demande une autre approche
Mes élèves aiment parfois me qualifier d’andragogue.
La pédagogie désigne traditionnellement l’enseignement destiné aux enfants, tandis que l’andragogie s’intéresse plus spécifiquement à la manière dont les adultes apprennent. Or, on n’apprend pas la flûte de la même manière à dix ans et à soixante ans.
Un enfant dispose souvent de plusieurs années devant lui pour construire progressivement sa technique. Il suit un cursus, réalise les exercices demandés et accepte plus facilement de travailler certaines notions sans en comprendre immédiatement l’utilité.
Un adulte, lui, a besoin de savoir pourquoi il fait un exercice. Il veut comprendre ce qu’il doit écouter, ressentir et observer. Il dispose parfois de peu de temps pour pratiquer et souhaite que chaque séance l’aide concrètement à progresser.
Il arrive aussi avec son vécu, ses habitudes, ses tensions corporelles, ses doutes et parfois de mauvais souvenirs liés à l’apprentissage musical.
Certains ont arrêté la musique pendant plusieurs décennies. D’autres ont toujours rêvé de jouer de la flûte, mais n’ont jamais osé commencer. Beaucoup ont peur d’être « trop vieux », de ne pas avoir assez de souffle ou de ne pas réussir à lire les notes.
Leur proposer directement un cahier technique exigeant, sans expliquer comment l’utiliser ni ce qu’il peut leur apporter, risque simplement de renforcer leur impression de ne pas être à la hauteur. Ce n’est pas l’élève qui est incapable. C’est parfois le chemin qu’on lui propose qui n’est pas adapté.
Adapter un enseignement ne signifie pas le rejeter
Je ne cherche pas à m’opposer aux grands maîtres de la flûte. Au contraire, je m’appuie quotidiennement sur tout ce qu’ils nous ont transmis. Leurs ouvrages constituent une source de connaissances extraordinaire et continuent de nourrir mon propre travail.
Mais je ne considère pas leurs méthodes comme des parcours à reproduire intégralement et dans un ordre immuable. J’en extrais ce qui sera utile à mes élèves. Je découpe un exercice pour le rendre plus accessible. J’en explique précisément l’objectif. Je choisis une autre formulation lorsqu’une image ne fonctionne pas. Et je peux reporter un exercice pourtant excellent si l’élève n’est pas encore prêt à en tirer profit.
C’est toute la différence entre reproduire l’enseignement que j’ai reçu et construire une pédagogie réellement pensée pour les flûtistes adultes. L’exercice doit être au service de l’élève. Ce n’est pas à l’élève de se mettre au service de l’exercice.
Un adulte qui débute ou qui reprend la flûte après plusieurs années n’a pas nécessairement besoin d’un apprentissage moins sérieux. Il a besoin d’une progression claire, structurée et adaptée à sa réalité.
C’est précisément l’approche que j’ai choisi de développer au sein de l’Académie des Flûtistes Enchantés : conserver un cadre et une méthodologie précise, tout en tenant compte des besoins spécifiques des flûtistes adultes.
Et vous, avez-vous déjà été découragé par une méthode ou un cahier pourtant considéré comme une référence ?
Dites-moi lequel dans les commentaires.
Si vous débutez la flûte traversière ou si vous reprenez après plusieurs années, vous pouvez également télécharger gratuitement mon Guide du flûtiste. Vous y trouverez les repères essentiels pour mieux comprendre la posture, la respiration et la sonorité, afin de construire votre progression sur des bases solides.